Un discours dissident - blogphilo.fr
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Un discours dissident

L’intérêt de la philosophie, non depuis toujours mais depuis que la science s’est érigée en ultime garant de la vérité, repose sur son caractère dissident.

Avant cette révolution, avant que la science n’occupe la place qu’elle occupe actuellement la philosophie était conçue au pire comme une voie d’accès à la connaissance parmi d’autres et au mieux comme sa voie royale.

Aujourd’hui, le commun des mortels considère la philosophie comme une sorte de passe-temps intellectuel pour individus en mal de complexité. Une réserve d’hurluberlus qui se créent des problèmes pour le plaisir de les résoudre, qui se plaisent dans un fatras de formules alambiquées devant lesquelles ils s’extasient d’autant plus qu’ils sont les seuls à estimer qu’elles ont un sens. Une sorte de hobby qui permet de se positionner socialement bien au-dessus de la masse inculte de la plèbe.

Pourtant notre sacro-sainte science lorsqu’elle se trouve en but à une difficulté que sa méthode peine à résoudre, vient s’engouffrer sans état d’âme dans les vertiges philosophiques. Il faut reconnaître qu’elle n’a pas d’autres choix, engoncée qu’elle est dans sa méthode qui ne souffre aucune incartade, si celle-ci n’aboutit pas, il faut bien qu’elle s’en aille chercher ailleurs les fondements de sa pensée. Aussitôt qu’elle tient quelque chose, elle s’empresse d’en renier l’origine pour ramener son trésor dans ses rets et le contraindre à rentrer dans le cadre de son savoir. C’est que la philosophie sent un peu le souffre, elle ne jouit pas de la part du public des mêmes largesses que la science, son discours est toujours suspect.

On nous dira que la philosophie est équivoque et qu’elle ne peut donc prétendre à cette condition du savoir qu’est l’universalité. Mais ce n’est pas là son défaut c’est au contraire sa force. La philosophie n’est pas enfermée dans un cadre de connaissance rigide, elle est libre. Et n’allez pas en conclure que cela revient à dire que c’est un lieu ou règne le plus grand chaos, où tout un chacun peu dire ce qui lui passe par la tête sans ordre ni mesure. Au contraire la philosophie est un discours extrêmement construit, travaillé, élaboré mais il revient à chaque courant, à chaque auteur de définir sa méthode. D’exposer les conditions de l’élaboration de la connaissance produite. La science, elle ne dispose pas de cette diversité, elle est enfermée une fois pour toute dans une méthode pré-déterminée.

Une fois encore, il ne s’agit pas ici de récuser la méthode scientifique ou sa prétention à élaborer un discours fonctionnel, sensé, que l’on peut même qualifier de « vrai » si l’on y tient vraiment. Il s’agit de dénoncer la croyance selon laquelle seul son discours peut prétendre à la vérité. La philosophie a, sans doute, des résultats moins éclatant socialement mais elle produit également de la connaissance et participe même à l’élaboration des connaissances scientifiques.

Le trésor de la philosophie consiste justement dans sa plasticité, cette capacité à inventer de nouveaux chemins de connaissance. De se réinventer perpétuellement pour interroger le monde dans ses aspects les plus divers et avec des outils constamment renouvelés pour voir ce qui peut en surgir. Sa magie consiste justement dans ces jaillissements de sens qui nous bouleversent au détour des sentiers qu’elle trace.

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