L’intolérable en question - blogphilo.fr
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L’intolérable en question

Il semble bien délicat de combattre l’angoisse et la douleur. Il en est même qui nous apparaissent à ce point insurmontables que la mort seule est en état de nous en libérer.

À ce sujet Marc Aurèle apporte une vision pour le moins dissidente. Nous l’avons déjà entendu affirmer que la douleur physique n’est pas un mal bien insurmontable, puisque l’endurer prouve que nous sommes en mesure de l’endurer. Si elle atteint un seuil critique qui dépasse nos capacités alors nous en sommes libérés, soit par la mort, soit par la perte de conscience. Ainsi, nous ne pouvons jamais être confronté qu’à des douleurs supportables.

Il va plus loin dans un second temps en englobant l’angoisse ou la peine et, pour se faire, il fait appel à un nouvel argument : ce qui rend intolérable ces affections ce n’est pas tant ce qu’elles sont en elles-même mais ce que nous projetons à partir d’elles. C’est la durée de la douleur qui fait problème. Si nous avions la certitude que la douleur s’arrêtera instantanément dans la seconde qui va advenir, nous supporterions cette douleur sans broncher. La croyance, la certitude, qui nous anime qu’elle va durer encore et sans terme assigné éveille en nous une angoisse que nous ne parvenons pas à surmonter. L’argument de Marc Aurèle tient donc dans le fait que c’est notre imagination et non la réalité de notre affection qui est ici en cause. Au fond parce que nous projetons notre état au-delà du présent, dans un avenir hypothétique ; parce que nous ne voyons pas d’issue possible ; parce que nous ne parvenons pas à envisager sa fin alors, nous affirmons intolérable ce que nous tolérons de fait.

Chasser la douleur, l’angoisse ou la peine c’est d’abord et avant tout refuser cette projection dans la durée. Il convient de reconnaître comme s’efforce de nous le dire Marc Aurèle que nous ne pouvons jamais échapper au présent, que nous n’avons pour nous que ce présent. Les notions d’avenir et de passé sont des constructions abstraites et, en ce sens, n’ont pas de réalité. Enfermé dans ce présent nous ne pouvons que convenir que ce que nous endurons est tolérable puisque nous sommes effectivement entrain de le tolérer. Ce qui viendra n’est pas notre propos, non plus ce qui est advenu.

Bien entendu, cette simple pétition de principes, ces ratiocinations semblent bien faibles au regard d’un vécu douloureux. Mais que l’on y songe et nous verrons, qu’en effet, nous ne faisons rien d’autre que de projeter dans l’avenir notre état présent lorsque nous affirmons une peine ou une douleur intolérable. La meilleure preuve est qu’une fois dépassée, une fois que notre affection appartient au passé, elle perd du même coup son caractère extraordinaire. Nous sommes presque étonnés du poids que nous lui conférions alors.

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