Désirer l’impossible - blogphilo.fr
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Désirer l’impossible

Nous considérons qu’il est vain de désirer l’impossible. Puisque la satisfaction de ce désir ne sera, par définition, jamais atteinte, nous nous condamnons alors à une insatisfaction permanente. Ce serait donc là le plus sûr moyen de perdre son existence car d’une part, voué à l’inachèvement, nous disparaîtrons sans avoir accompli notre tâche et d’autre part, éternellement insatisfait nous ne rencontrerons jamais ici et maintenant l’exaltation bienheureuse liée à la réalisation d’un objectif fondamental.

Et pourtant…

Se contenter de l’accessible consiste à savoir qu’un jour notre quête aboutira, il conviendra alors de nous reposer sur nos lauriers ou d’échafauder un nouveau projet pour nous porter plus loin vers un point que nous atteindrons encore. Nous voilà enfermés dans une série de cercles qui toujours se recomposent : je constitue mon désir – j’œuvre à sa réalisation – je récolte le fruit de son accomplissement – je sombre dans une léthargie qui me pousse à élaborer un nouveau désir… Se contenter de désirs accessibles ne nous libère donc pas de l’insatisfaction, cela ne fait que reculer quelque peu son surgissement.

Reste la possibilité de récuser le désir en tant que tel. Considérer qu’il s’agit là d’une attitude qui nous voue à la déception et au malheur. Si désirer l’absence de désir est ainsi compréhensible il n’est pas évident qu’il s’agisse là d’un désir accessible. Peut-on vraiment vivre sans désirer ? Mais même en postulant qu’il s’agit d’une fin réalisable, est-ce souhaitable ? Une vie sans désir consiste à se satisfaire de ce que l’on est, ne pas chercher au-delà. Ce qui conduit à un immobilisme total, accepter que l’existence soit à jamais la répétition du même. C’est là un choix curieux car il faut reconnaître alors que l’existence n’est plus véritablement nécessaire. Que je disparaisse aujourd’hui ou dans dix ans cela ne change rien à ce que je suis, je me contente d’ajouter de la durée pure que rien ne vient altérer. La vie d’un Dieu en somme qui sait tout, qui est tout, et que rien ne peut troubler. C’est à se demander si un tel Dieu ne jalouserait pas les hommes de pouvoir essayer, se tromper, recommencer sans certitude du résultat. Quelle vie de connaître déjà ce que nous serons demain…

Mais désirer l’impossible consiste à définir un objectif vers lequel nous pouvons tendre sans jamais le réaliser. Or, le problème du désir, est qu’il disparaît dans son accomplissement, nous laissant vide. Mais le point limite vers lequel nous tendons et qui sans cesse recule est un désir propre à satisfaire cet appétit humain d’évolution. Étant dans un avenir qui constamment recule il ne s’épuise jamais lui-même, n’étant jamais réalisé il est toujours devant. Ainsi, le désir impossible peut permettre à l’individu, dans la course de l’existence, d’être en perpétuel mouvement. Il n’atteindra jamais à l’insatisfaction dans cette incapacité même, justement, d’atteindre l’objectif qu’il s’était proposé au départ.

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