La dictature est la clef du bonheur - blogphilo.fr
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La dictature est la clef du bonheur

Tout ce que nous dit Marc Aurèle semble bon et bien. Lorsque nous le lisons il est difficile de ne pas considérer que si l’humanité toute entière se servait de son ouvrage comme livre de chevet ; si, tous autant que nous sommes, nous nous mettions à suivre sa philosophie, nous ne nous en porterions que mieux individuellement et collectivement.
Après tout, se libérer de la crainte de la mort et cesser de considérer que le regard d’autrui a plus d’importance que notre propre opinion de nous-même ; viser l’amélioration de soi en assumant nos convictions morales et nous resituer humblement dans l’univers ; accepter patiemment ce que les autres nous proposent et cultiver un égoïsme positif… n’est-ce pas là des préceptes qui nous aideraient à vivre plus aisément et nous communiqueraient une joie de vivre qui nous fait essentiellement défaut ?

Pourtant, il y a loin de la coupe aux lèvres. Pourtant les bonnes résolutions se dissolvent dans le quotidien. Pourtant le texte est oublié et nos actes récusent ce que notre raison accorde.

Nous pourrions expliquer le fait en arguant que l’écart séparant la théorie de la pratique est un gouffre que la volonté seule ne saurait franchir. Les exigences de la vie seraient incompatibles avec ce que la raison nous dicte dans la solitude de son examen. Que c’est là, au fond, la raison pour laquelle Marc Aurèle lui-même est obligé de coucher noir sur blanc ses pensées : le quotidien les dispersant, il a besoin de son propre témoignage pour leur donner corps, pour les rendre réel. S’il était capable de mettre en pratique ce qu’il croit, à quoi lui serviraient des Pensées pour lui-même ?

Cependant, je ne suis pas si certain que ce soit là une raison suffisante. Ne serait-ce pas plutôt une difficulté psychologique liée à autrui ? Je m’explique : comment suivre un chemin qui n’est pas partagé par autrui ? Être persuadé de la véracité d’une chose est loin d’être suffisant pour persister dans sa certitude. Que le monde autour de nous récuse par sa pratique notre pensée et nous voilà soudain étranger à nous-même. Avoir raison face à la multitude est une attitude que bien peu sont capables de supporter sur la durée. Il faut nourrir intellectuellement une haute idée de soi et être singulièrement détaché du poids que le regard d’autrui fait peser sur nous pour réaliser dans la pratique ce que nous croyons contre vents et marées. Si nous ne percevons personne pour nous accompagner sur notre voie nous préférons supporter notre contradiction interne plutôt que persister en solitaire. Nous sommes des êtres infiniment grégaires.

C’est là quelque chose de doublement malheureux. Premièrement, nous l’avons dit, parce que certains comportements bénéfiques à soi comme aux autres se dissolvent. Secondement, parce que cela crée en nous des dissonances qui conduisent à une instabilité de notre être intérieur. Sans parler de nous-même, combien connaissons-nous d’individus morceler, conscients que la vie qui se répand autour d’eux ne correspond pas à leurs aspirations mais incapables de se maintenir dans une trajectoire réfléchie. Un refus d’entrer dans le moule pré-formaté que l’on leur offre mais incapables de tracer leur propre route.

Nous comprenons sans peine alors que, lorsqu’un individu, suffisamment hardi, propose une alternative plus ou moins hasardeuse mais exposée avec de tels accents de vérité, l’on trouve toujours une flopée d’inconscients qui s’engouffrent dans la brèche et viennent grossir les rangs des communautés sectaires de tout poil. Coupée du reste du monde l’individu se déploie dans un monde soudain partagé, cohérent puisque partager. Un monde où la dissonance est méticuleusement expurgée. L’accord survient, la paix avec soi s’épanouit enfin.

Alors quoi, seule la dictature peut nous conduire au bonheur ? À un bonheur conçue comme la libération des dissonances ? Je le crois, la paix intérieur est à ce prix.

Faut-il l’appeler de nos vœux ? Certes non. Car au fond la dissonance est justement ce qui nous force à sortir de nous-mêmes, à évoluer. La certitude bienheureuse est un poison plus perfide que l’instabilité existentielle. Elle conduit à l’immobilisme, à la fin de l’homme, à sa minéralisation. Le fardeau que nous portons est la face cachée de l’intérêt de toute existence humaine.

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