De la mauvaise humeur d’autrui - blogphilo.fr
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De la mauvaise humeur d’autrui

Nous ressentons une grande injustice lorsqu’autrui fait preuve à notre égard d’hostilité mais qu’il est dans l’incapacité d’expliquer les raisons de son animosité.

Nous y voyons une preuve flagrante d’inconséquence. Lorsqu’on s’échauffe contre quelqu’un il convient d’être en mesure d’en donner la raison, sinon il semble évident que cette mauvaise humeur ne cherche qu’un exutoire extérieur pour se libérer d’elle-même et qu’en ce sens elle n’a aucun rapport directe avec notre individu particulier. Nous pouvons constater sans peine que, dans la plupart des cas, nous échappons à l’auto-critique par ce biais. Nous reportons sur autrui la faute, nous nous délestons de toute responsabilité.

Nous ne cherchons nullement à découvrir l’origine de la mauvaise humeur de notre interlocuteur, nous nous contentons de constater qu’il ne parvient pas à justifier que cette humeur se déverse spécialement sur nous et nous en concluons tout de go qu’elle ne nous concerne pas. Nous le laissons seul dans son état. Nous allons même au-delà : piqué dans l’idée que nous nous faisons de la justice nous lui reprochons, ouvertement ou non, cette attitude inadmissible à nos yeux.

Mais c’est, de notre part, un comportement qui manque singulièrement de recul. Car si nous nous examinons, nous voyons bien qu’une contrariété naît en nous le plus souvent sans donner auparavant sa raison d’être en termes formulables. Nous ressentons la contrariété sans connaître ni comprendre ce qui en est l’origine. Ce n’est que dans un second temps que nous échafaudons des hypothèses pour rendre raison de cet état de conscience. Bien souvent, la première hypothèse ou la plus évidente, la plus immédiate est rarement la raison suffisante de notre mauvaise humeur dirigée vers tel ou tel en particulier.

Pour autant, cette mauvaise humeur ne se déverse pas de manière imprévisible, elle choisit méticuleusement ses cibles. Sans doute pour une bonne part en fonction des conséquences qui peuvent découler du fait qu’elle s’épanche ici ou là. Nous choisissons nos cibles en fonction de leur capacité de résistance. Mais lorsque cette mauvaise humeur frappe une cible innocente, nous en avons conscience ou en prenons conscience à court terme. Lorsque tel n’est pas le cas, nous pouvons nous demander si cette animosité n’est pas le signe d’une difficulté réelle mais non encore formulable adressée à un individu particulier. Si ce signe ne devrait pas être pris au sérieux par celui qui en est l’objet plutôt que de se mettre à l’abri derrière son armure de probité offensée.

Finalement, ne nous mentons-nous pas lorsque nous refusons d’affronter l’animosité d’autrui à notre égard ? N’est-ce pas là, pour l’essentiel, une réticence à l’auto-critique ?

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